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Les leçons d’une poussière de sable et d’une particule pour traverser le temps et l’espace

L’homme peut s’inspirer d’une poussière de sable et d’une particule.

6 min readMay 29, 2021

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Deux éléments si petits qu’une poussière de sable et une particule peuvent transmettre à l’homme un rêve, celui de traverser l’espace et le temps.

La Terre a vu des grains de sable voler au-dessus des océans. Sans métaphore, des poussières de sable du désert du Sahara traversent régulièrement une partie de l’océan Atlantique. Les marins sont les premiers témoins de cette brume aux couleurs de grêles, gris, jaunâtre ou même rougeâtre. Elle peut apparaitre au milieu d’un océan ensoleillé. Ces brumes de sable ont généré sur la côte du Cap Vert, à plusieurs endroits de l’ile, des plages d’un sable clair. Du sable rouge et or sur une ile volcanique qui ne devrait être entourée que de plages de sable noir. Une épopée à peine croyable, sous l’effet du vent, un chemin est rendu possible entre deux côtes séparées de près de 600 kilomètres.

Nous découvrons une description de ce phénomène dans un vieil article du géographe Camille Vallaux publié dans les annales de géographie en 1930[1].

« Ces brumes résultent surtout de poussières et de sables fins du désert qui viennent des côtes voisines du continent entre le cap Juby et le cap Vert là où les sables sahariens peuvent aller à la mer sans interposition de crêtes montagneuses. Les brumes de poussières interceptent souvent la vue à une distance de 2 milles ; les plus épaisses, qui, par ciel sans nuages, ne laissent voir le soleil de midi, que comme un disque rouge, sont accompagnées ou suivies de chutes de poussières qui couvrent le pont des bateaux d’une fine couche rouge. […] Ce sont les courants de hauteur (de 1000 à 2000 mètres) qui les transportent, les courants à fleur de sol ayant plutôt le caractère d’une mousson d’est en ouest. Au commencement et au fort de l’été, les brumes et les chutes de poussière diminuent, sans jamais disparaitre entièrement. »

Les satellites nous offrent désormais la preuve de cette épopée (Figure). Un symbole qui nous laisse croire au pouvoir seul du vent et de la légèreté.

Le 9 décembre 2018, image capturée par l’instrument VIIRS de la NOAA-20 qui balaye la Terre deux fois par jour à une résolution de 750 mètres. Crédit NOAA.

Une autre aventure traverse l’espace, celle de l’information portée par des particules quantiques intriquées ou dites jumelles. Pour la comprendre, il faut observer le cœur de la matière, l’infiniment petit. Quand bien même deux particules jumelles (par exemple des photons) sont séparées de plusieurs kilomètres, si l’une est modifiée, l’autre se modifie instantanément dans un état dépendant. L’information semble téléportée dans l’espace sans véritable support. On dit de ces particules qu’elles forment un système lié. Lié certes, mais bien indépendant de leurs positions dans l’espace. Ce phénomène promet peut-être l’avenir des communications. Il a été expérimenté en 2007 avec des photons jumeaux situés dans les îles Canaries. Ils furent séparés entre La Palma et Tenerife. L’information quantique portée par les photons a alors parcouru 144 kilomètres instantanément.

Depuis, un satellite chinois a été en mesure de transmettre des photons intriqués sur Terre à une distance de plus de 1000 kilomètres. Un record absolu et certainement aussi une promesse d’avoir un jour un internet quantique. À court terme, on imagine une cryptographie quantique permettant l’échange de clés de chiffrement, par extension de messages, de manière totalement sécurisée. Cette brique permettant de garder le secret de nos télécommunications numériques deviendrait incassable[2].

Le public évoque le terme de téléportation quantique et plus justement d’intrication quantique, car il n’y a point de transport de matière. Cette propriété au cœur de l’infiniment petit est source de réflexion sur le sens même de notre univers, de la matière et de la réalité. L’intrication quantique serait-elle l’ultime ressource naturelle ? Si l’on a tout dit de l’intelligence artificielle, on compare l’intrication quantique au fer de notre vieil âge de bronze.

Pour traverser le temps, traverser les âges, les possibles sont limités et les exemples le sont aussi. L’homme est jeté dans un claquement de temps, il n’y résiste pas. Notre planète tient un destin plus qu’incertain entre ses mains et notre univers est peut-être le seul qui n’en ait pas trop à s’en faire.

L’homme est prisonnier d’un espace-temps plus que réduit. Pourtant, c’est bien ce référentiel qui lui permet d’ouvrir les yeux et de découvrir les plus belles choses du monde. Souvent, il s’agit de semblables prisonniers inconscients de leur sort : les animaux, les végétaux et autres futurs vestiges, jusqu’à l’horizon des évènements.

Tombé au milieu de tout ce qui nous semble être. Que ce soit par erreur ou par hasard ? Quelquefois par une suite de conséquences dont les logiques ne nous sont pas trop mal maitrisées. Pour beaucoup d’autres, par une raison d’être si complexe et incompréhensible que tout cela nous parait le plus simplement du monde épatant. Cet espace et ce temps nous dépassent autant qu’ils nous portent. Quelles sont les questions qui importent ? Notre avenir, notre devenir. Quelles que soient les interrogations, elles sont portées par une connaissance si réduite, depuis un instant du temps si présent et un point de l’espace qui font que tout nous dépasse. La seule question sera : pourquoi avons-nous une existence si courte et limitée par un corps qui s’inscrit si fort dans ce temps et cet espace ? Pourquoi cette forme fortuite de vie humaine ? Quel est son sens premier ? La ramener simplement à l’homme, à elle-même semble, un piège de simplisme à éviter. Ce que j’en ai compris est simple.

Tout me dépasse, et le temps passe. Peu importe où je suis, l’espace me fuit.

Dans l’histoire de l’humanité, avec ou sans volonté primaire, la création de l’homme est un objet qui défie a minima le temps et l’espace. Cette possibilité est offerte par le langage, le savoir, nos histoires et nos mythes. Certaines de nos créations tiennent le temps d’un souffle sans trop souffrir. Ces images ont permis de contempler des statues de César, des portraits d’inconnus, des masques en Alaska, des peintures à Malaga, des vases en Grèce, tout un ensemble d’Arcs de Triomphe et même des statuettes en ivoire du paléolithique. Certains autoportraits eux aussi n’ont pas trop mal survécu et nos musées les accompagnent dans ce voyage.

Les anthropologues savent à quel point l’homme sait se faire oublier du temps pour en faire survivre ses créations et ses histoires. Les bhopas du Rajasthan ont démontré une faculté incroyable à se rappeler et à réciter des poèmes longs de milliers de lignes. L’historien William Dalrymple a longtemps étudié ce phénomène[3]. Les mythes et légendes parviennent sans trop de modifications à traverser les âges et les générations. Quelquefois avec support, mais aussi sans autre appui que la transmission verbale et l’effort de mémoire. Nos langues en sont le reflet. Un moyen de transcender les limites de notre corps et de s’offrir une opportunité d’appartenir à un passé toujours vivant. Pourtant, le souvenir pourrait peut-être un jour paraitre un luxe de conservation. J’ai eu écho d’un possible Atlantide, d’un plus sûr Colosse de Rhodes, de la bibliothèque d’Alexandrie et de nombreuses merveilles successivement tombées dans l’oubli, comme échouées du temps.

Dans une quête de stabilité et comme pour traverser le temps et naviguer l’espace, l’homme s’est offert une quête, un pouvoir. Ce pouvoir est celui de construire un mythe et un savoir capables de perdurer et d’expliquer ce qu’il y a de plus impensable au monde : la vie, le temps, l’univers. Dans cette quête de compréhension et de création d’une ressource à partager, homo sapiens a recours à des métaphores de différentes natures. La première est scientifique. Celle qui représente le monde avec des chiffres, des équations, des modèles, des créations symboliques. Cette métaphore est extraordinairement juste, ce qui continue de surprendre les plus grands penseurs. Cependant, elle reste à jamais incomplète. L’autre plus imagée et artistique est celle du mythe. Ce mythe porte en lui une réalité perceptible au travers de la culture et des croyances. Les deux images se complètent et offrent à l’homme une richesse d’interprétation et de compréhension du monde qui a séduit à toutes les époques, les scientifiques, les philosophes et les artistes.

[1] C. Vallaux, Les brumes et les poussières aériennes dans la zone des îles du Cap-Vert, Annales de géographie, 1930.

[2] Ross Donaldson, Gerald Buller, and Alessandro Fedrizzi Satellite-based quantum communications (Conference Presentation), Proc. SPIE 11134, Quantum Communications and Quantum Imaging XVII, 2019.

[3] William Dalrymple, The Singer of Epics in Nine Lives, Bloomsbury, 2009.

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charles perez
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Written by charles perez

Professeur associé à la paris school of business. Docteur en science de l’information. Auteur du manuel du métavers