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Le jour où l’humanité a envoyé son savoir dans l’espace

Le message porté par une bouteille à la mer cosmique.

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Le message envoyé comme une bouteille à la mer interstellaire est signé du 39ème président des États-Unis, Jimmy Carter en 1977. Les mots sont signés à destination d’une autre civilisation :

« Ceci est un cadeau d’un petit monde lointain, un gage de nos sons, notre science, nos images, notre musique, nos pensées et nos sentiments. Nous essayons de survivre notre temps afin que nous puissions vivre dans le vôtre. Nous espérons qu’un jour, après avoir résolu les problèmes auxquels nous sommes confrontés, nous rejoindrons une communauté de civilisations galactiques. Cet enregistrement représente notre espoir et notre détermination, et notre bonne volonté dans un univers vaste et impressionnant. »

Pour comprendre le sens de cette tentative, il faut rappeler que l’on cherche désespérément des traces de vie sur d’autres planètes. Nous ne pouvons pourtant nous imaginer seuls, nous ne voulons pas l’accepter et pour cause, les mathématiques nous l’interdisent, au travers de la célèbre équation de Drake. Cette dernière permet d’estimer le nombre de civilisations extraterrestres existant dans notre galaxie et avec lesquelles nous pourrions entrer en contact un jour[1]. Sous un scénario fort, l’équation mènerait à plus de 36 civilisations extraterrestres dans notre Voie Lactée. Un chiffre à prendre avec extrême prudence.

C’est bien à l’inconnu que l’on adresse notre œuvre. En plus d’une bande sonore ont été sélectionnées 116 images, afin de faire parler notre humanité en quelques clichés. Une tache menée par un comité dédié sous la direction de Carl Sagan. Parmi les secrets les plus importants que renferme ce disque, il est bien évidemment celui de la vie. Enfin, ce que nous en maitrisons. Dans l’ordre des images, on perçoit l’histoire qui souhaite être comptée à ces extraterrestres, l’essence même au plus simple de ce qui nous fait. Les premières images sont mathématiques, comme un reflet de cette représentation universelle de notre monde et qui aura pour mérite de figer à minima les choses. Elles donnent un référentiel de temps et de taille qui sera présent sur presque toutes les autres images.

Tout commence avec la représentation des atomes essentiels à la vie : l’hydrogène, le carbone, l’oxygène, l’azote, le soufre et le phosphore. Nous les percevons comme les composants premiers constitués d’un noyau et d’un nombre variable d’électrons. Ces composantes sont nécessaires à la vie en même temps qu’elles composent à elles seules presque toutes les formes de vie. Le corps humain par exemple est composé d’oxygène, de carbone et d’hydrogène. Ils représentent respectivement 65 %, 18,5 % et 9,5 % du poids total corporel.

Leurs agencements combinés sont présentés. La molécule et les macromolécules, les bases (nucléiques) de la vie : la thymine, l’adénine, la cytosine et la guanine. Des assemblages astucieux de ces atomes dont la nature de l’apparition sur Terre garde encore des secrets.

Sur les images suivantes, nous comprenons que certaines bases peuvent se maintenir ensemble, grâce à des liaisons hydrogène. C’est ainsi que l’adénine se lie à la thymine et la guanine à la cytosine. Une complémentarité essentielle qui permet à la vie de se dupliquer, à l’information de se transmettre. S’en suit la double hélice, l’ADN. Cette molécule extraordinaire dispose d’un design aussi élégant qu’important pour porter la vie. Des strates de couples de bases s’empilent et s’accrochent les unes aux autres. Nous parcourons ensuite les images de la division cellulaire qui apparaissent en même temps que celles de la réplication de l’ADN. Elles donnent un premier sens à la vie. Elles dévoilent une partie de son secret, une hélice qui se dédouble pour mieux perdurer et reproduire ce qu’elle est. Et puis, l’image d’un humain apparait déjà en coupe. Erwin Chargaff, Rosalind Franklin, Oswald Theodore Avery, James Dewey Watson, Francis Crick. Des années de recherche et de découvertes regroupées et résumées en quelques images qui en disent long.

L’anatomie est ensuite détaillée, puis les cellules, le fœtus, la naissance, la famille, l’amour et tant d’images simples, mais si essentielles.

Des choses universelles, souvent banales et classiques dans nos vies. Des choses qui sont pourtant uniques et rares quand on les pense en dehors de notre planète, en dehors de nos existences. Il doit y avoir quelque chose ailleurs et c’est à cet ailleurs que l’on envoie l’image de la Terre. Les hommes, la géographie, la botanique, les animaux, la culture, le sport, l’agriculture, l’architecture, la médecine, des scènes de la vie quotidienne, le soleil et la musique.

De ces domaines ont été choisis quelques hommes et quelques œuvres parmi des milliards. Beethoven, l’opéra de Sydney, Andromède, le Soleil, Jupiter, Saturne, la Terre, l’homme et des inconnus de toutes cultures. À ceux-là appartient un semblant d’éternité. Un séquoia, un dauphin, une danseuse de Bali, une maison, la muraille de Chine, le Taj Mahal, le rayon X, le microscope, le Golden Gate, l’ordinateur, les voitures, une ville. Déjà une forme de vertige. Un livre, ou plus exactement une page du très essentiel classique d’Isaac Newton System of the world[2]. Si vous ne l’avez pas lu, dépêchez-vous. Des extraterrestres le feront peut-être avant vous ! Un cosmonaute, une fusée, un coucher de soleil, la musique. Toutes ces choses ont un sens juste et précis dans nos vies. Des choses uniques au regard de nos artistes et des observateurs de l’au-delà. Ces choses qui, on le sait aujourd’hui, n’ont que peu de chance de survivre aux côtés de leurs créateurs. Leurs représentations nous survivront sans beaucoup de doute. Peut-être que cela suffira à leur offrir une nouvelle vie, une forme d’éternité en dépassant l’humanité.

Image du disque de voyager. Il contient des instructions précieuses nécessaires à sa lecture.

De si loin, le disque nous regarde, mais ne nous voit plus. De l’autre côté, nous regardons le ciel, vers le disque, mais nous ne le percevons plus. Il semble si loin, comme sorti du temps.

Ces choses existentielles existent-elles ?

Maintenant, elles semblent hors du temps

Hors de notre temps

De si loin, il semble ne plus avoir aucun sens

Nous le croyons disparu un instant dans le silence

Dans l’espace

Et puis…

Nous tournons le disque

Le temps réapparait

Il se force d’être partout, même au plus loin, au milieu de rien. Il a eu raison de nous, car pour lire ce disque, il faut une mesure du temps. Nous percevons les instructions de sa lecture sur son recto (Figure). Ce temps de lecture qui lui permet d’être compris. Pour en étudier les détails, il faut se référer à la description officielle de la NASA. En effet, dans le coin supérieur gauche du disque se trouve un dessin de phonographe et du stylet qui l’accompagne. Autour de cette illustration en arithmétique binaire est inscrit le temps correct d’une rotation de l’enregistrement. Le temps apparait donc, mais doit être précisé. La rotation vaut 3,6 secondes. Pour assurer sa compréhension, cette période est exprimée en unités de 0,70 milliardième de seconde, soit la période associée à une transition fondamentale de l’atome d’hydrogène.

Pour refléter encore un peu plus l’importance de ce temps sur cette face de disque, observons sa galvanoplastie. Cette technique d’orfèvrerie qui sert à la reproduction d’objets en utilisant un moule relié au pôle négatif d’une pile et qui se recouvre alors d’une couche de métal. La galvanoplastie sur la pochette du disque est une source ultra-pure d’uranium-238 avec une radioactivité d’environ 0,00026 microcurie. La décroissance régulière de cette source d’uranium en isotopes filles en fait une horloge radioactive. La moitié de l’uranium-238 devrait se désintégrer en plus de 4,5 milliards d’années. Les récepteurs extraterrestres pourraient alors, en examinant cette zone de deux centimètres de diamètre, calculer le temps écoulé depuis que l’uranium a été placé. Pour cela, il leur faudrait simplement mesurer la quantité d’éléments filles de l’uranium 238 restant[3]. Encore une question de temps. Comme si le secret de toute compréhension venait finalement de lui. Un sublime message qui s’est offert à nous en imaginant et en créant ce disque. Le temps est bien à l’origine du tout. Le savoir et la vie reposent et baignent dans ce temps. En dehors, ils n’ont plus aucun sens.

[1] Frank D. Drake Is anyone out there? the scientific search for extraterrestrial intelligence, Delta Book/Dell Pub, 1994.

[2] Isaac Newton, De mundi systemate, 1728.

[3] Adapté depuis la page The Golden Record Cover, https://voyager.jpl.nasa.gov/golden-record/golden-record-cover/

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charles perez
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Written by charles perez

Professeur associé à la paris school of business. Docteur en science de l’information. Auteur du manuel du métavers